La première publication du conte "Mademoiselle Lionne" date de 1923. La lionne est adoptée puis chassée et rejetée par les humains. Ce récit ne correspond absolument pas à l'idée que le grand public se fait généralement de Quiroga. D'une part, il n'est pas localisé en Argentine, ni ailleurs; à la rigueur dans une Inde ou une Afrique de légendes...D'autre part, il ne recherche pas des effets d'horreur, ni de valeur documentaire. Il exprime la philosophie de l'auteur tout en soutenant l'attention par de nombreux détails humouristiques qui se prêtent au jeu théâtral et au mime. Une des idées chères à Quiroga est de mettre sur un plan de comparaison l'homme et l'animal pour démontrer qu'au lieu d'être un progrès, la civilisation, de plus en plus abâtardie et dégénérée, a perdu les vertus de la Nature primitive et, en même temps en s'en rendant compte, ne peut plus les retrouver car elle ne les supporte pas.
Dans "Melle Lionne", la lionne qui symbolise la Nature sauvage, a été sollicitée par les hommes et se laisse séduire par une vie apparemment facile mais elle sera rejetée. La lionne juge avec discernement la civilisation et finit par retrouver les forces de ses origines. C'est donc toujours la Nature qui est dans le vrai et a le dernier mot, car la décadence de l'humanité est irrémédiable. Proche de la philosophie des pays considérés comme sous-développés ou en voie de développement ou encore dits émergents par le monde moderne, Quiroga insiste sur un fait que nous aurions intérêt à méditer, à savoir que chaque vie (humaine ou animale) a la même valeur, et qu'il ne faut jamais perdre contact avec nos racines authentiques.
Annie Boule-Christauflour, Docteur ès lettres de la faculté de Bordeaux. Traductrice pour Métailié-Seuil jeunesse des oeuvres de QUIROGA pour la cie attore actor acteur






















